In memoriam   
                                           
Oradour-sur-Glane

 

 

Le samedi 10 juin 1944, par une paisible et belle journée de marché, la division Waffen SS Das Reich encercle et font irruption dans le bourg du village d'Oradour sur Glane, à 17 kilomètres au nord ouest de Limoges (Haute-Vienne). Très rapidement, ils rassemblent les habitants sur le champ de foire.

Les hommes sont séparés des femmes et des enfants pour être fusillés dans plusieurs bâtiments du bourg (forge, granges, garage). Quatre d'entre eux réussissent à s'enfuir, après avoir fait les morts, recouvert par des cadavres.
Les femmes, enfermées dans l'église, sont d'abord asphyxiées, puis mitraillées avant d'être brûlées avec près de 150 enfants, dont 62 de moins de 6 ans. Une seule femme survivra. Les soldats tentent ensuite de détruire l'église avec des explosifs.
Tous les témoins éventuels sont également tués. Le village est pillé et incendié.
Afin d'empêcher toute identification des corps, les soldats reviennent, le lendemain, pour mettre le feu aux cadavres rassemblés en une fosse commune.

Le village est rayé de la carte : au total, 642 victimes sont dénombrées, dont 245 femmes et 207 enfants. "Des cendres humaines, jusqu'aux genoux",  dit un des premiers témoins du massacre. Seules 52 ont pu être identifiées formellement. Seules 5 personnes ont survécu au massacre.

Rien n'explique que cette ville ait été désignée à la destruction par les Allemands : ce village est paisible. Il n'y a jamais eu d'activité de résistance. Selon le mot du général de Gaulle en 1945, Oradour a été érigé au rang de "symbole de ce qui est arrivé à la patrie elle-même".

- Immédiatement, la décision est prise sous l'impulsion des notables de la région de laisser Oradour en l'état, c'est à dire en ruine, tel un sanctuaire.

- Au début de 1944, une des meilleures divisions allemandes, la 2ème division blindée SS "Das Reich", sous le commandement du Gruppenführer Heinz Lammerding, est regroupée dans la région de Montauban, pour être reformée. Elle est composée de 18.000 hommes appuyés de blindés légers et de chars.
Trois jours après le débarquement de Normandie, la division "Das Reich" reçoit l'ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges avant de
converger vers le front de Normandie. C'est le régiment "Der Führer" qui est chargé d'appliquer les ordres de "nettoyage" dans ce secteur. Ses soldats ont pour mission d'attaquer les maquis et de faire de la répression contre les civils.
Deux jours auparavant, le 8 juin 1944,
ils avaient pendu aux balcons de la ville de Tulle (Corrèze) 99 personnes et déporté 149 autres personnes, en représailles à l'attaque des maquisards de la garnison allemande de Tulle.
Le 21 mai 1944, ils avaient déjà pendu trois femmes, exécutés onze hommes et fusillés une femme dans le petit village de Frayssinet le Gélat (Lot) après l'avoir pillé et incendié.

- Le12 janvier 1953, a lieu un procès militaire à Bordeaux. La justice militaire ne juge que des exécutants : 21 des 65 participants au massacre - 7 soldats allemands et 14 soldats alsaciens présents dans la division Das Reich. Parmi ces 14 soldats, 13 avaient été incorporés de force dans l'armée allemande : on les appelle les "Malgré-nous" *. Aucun commanditaire du massacre d'Oradour n'a été jugé.

Un seul officier allemand, le SS-Gruppenführer Heinz Lammerding, est condamné à mort, par contumace, par le tribunal. En fait, il se cache sous le nom de Braune, à Wiesbaden. Plus tard, il s'établit sous son vrai nom à Düsseldorf comme entrepreneur. Il meurt le 13 janvier 1971 à Bad-Tölz, en Bavière, sans avoir jamais été extradé vers la France, qui l'a réclamé vainement pendant des années...
Deux soldats sont
condamnés à mort - don't l'engagé volontaire. Leurs peines seront commuées plus tard. Neuf des «Malgré nous» sont condamnés à des peines de dix à douze ans de travaux forcés. Les 4 autres sont condamnés à des peines de prison de cinq à huit ans.
Au lendemain de la condamnation l'indignation de l'Alsace est à son comble. De telle sorte que six jours après le verdict, au nom de la préservation de "l'unité national", le Parlement vote l'amnistie afin apaiser l'Alsace. Le Limousin exulte.

- Dans la région d'Oradour, cette amnistie provoque la colère et, surtout, une conviction d'abandon. La commune et l'Association Nationale des Familles des Martyrs d'Oradour (ANFM) renvoient la Légion d'Honneur que la ville avait reçue. Ils placardent à l'entrée des ruines la liste des parlementaires qui ont voté l'amnistie.
Ils construisent leur propre monument pour déposer les cendres des victimes à quelques mètres de la crypte prévue par l'Etat à cet effet. En fait, tous ressentent un très profond sentiment de trahison. P
endant plus de 20 ans, ils n'inviteront aucun des représentants de l'Etat aux commémorations du massacre.

- Depuis, bien sûr, les relations avec l'Etat ont repris. Le maire de Strasbourg - fils de «Malgré nous» - conduit une délégation à Oradour-sur-Glane, pour les cérémonie de 1998. Un mémorial, "Le Centre de la mémoire", est inauguré en 1999. La réconciliation est en marche entre le Limousin et l'Alsace.

- Le 10 juin 2004, pour la première fois, des élus alsaciens, le président du conseil général d'Alsace, le président du conseil général du Bas-Rhin, le maire de Strasbourg, l'archevêque de Strasbourg et l'évêque de Limoges participèrent officiellement à la commémoration du massacre d'Oradour-sur-Glane dans un esprit  de réconciliation. Une cinquantaine de lycéens alsaciens ainsi qu'une délégation de jeunes Allemands étaient aussi présents.

Le maire d'Oradour, Raymond Frugier, estime que "les lieux de mémoire ont le devoir de porter un message de paix et de concorde entre les Européens".
Jean Paul II souhaite que les "responsabilités" des auteurs du massacre ne soient pas oubliés et appelle à la construction d'une "société de paix". Cet anniversaire "appelle nos contemporains à construire une société de paix et de fraternité où les hommes puissent se tendre la main et se réconcilier, pour que plus jamais ne se produisent de tels événements", ajouta-t-il. "Puisse l'ancien village rester comme un mémorial de Paix, qui invite à construire un avenir nouveau".

Quelques jours avant, le Chancelier allemand Gerhard Schroeder participe aux cérémonies de l'anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944. C'est la première fois qu'un chancelier allemand y participe. A l'occasion de la cérémonie franco-allemande à Caen, le 6 juin 2004, il fait une déclaration et évoque le massacre d'Oradour.

Messieurs Jean Marcel Darthout (80 ans), et Robert Hebras (79 ans) sont les deux derniers survivants...

"Ni haine, ni oubli"

Nombreux ont été et sont encore les génocides de l'Histoire : la Shoah, le Rwanda, Srebenica, Eperme Studime au Kosovo, la Tchétchénie, le Tibet, l'Algérie... ll ne faut pas les oublier.

"Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre" - Primo Lévi

* : Les « Malgré Nous » sont les lorrains et les Luxembourgeois qui furent enrôlés de force dans l’armée allemande, la Wehrmacht, à partir de 1942 et qu’on envoya surtout sur le front russe.
Ils furent 130.000 alsaciens et mosellans à être enrôlés et le prix payé par cette génération sacrifiée fut effroyable :
- 40.000 sont tués ou portés disparus,
- 30.000 blessés dont 10.000 très grièvement,
- 10.000 s'évaderont.
Mais leur calvaire continua après leur retour en France dans l'incompréhension, la suspicion et l'accusation.
 

© C. BORZEIX 2007